Déconnectée (B1)

Je n’ai rien éteint.
Je n’ai rien désinstallé.

Je les ai juste laissés là.

Le téléphone.
L’ordinateur.
Les écouteurs.

Sur la table.

Comme on laisse un manteau
dans une pièce où l’on ne va plus entrer.

Ce n’était pas un défi.
Ni une décision importante.

Juste un week-end.
Sans eux.

Je pensais que ce serait simple.

Je me suis trompée.

Les premières heures,
il ne se passe presque rien.

Tout est normal.

Puis la main bouge.

Machinalement.

Elle cherche une poche.
Un écran.
Quelque chose à vérifier.

Mais il n’y a rien.

Le geste arrive
avant la pensée.

Comme un réflexe ancien.

Le corps connaît un chemin
que l’esprit n’a pas choisi.

Alors la main retombe.

Un peu plus lentement.

Sans écrans,
le temps n’avance plus pareil.

Il ne disparaît pas.
Il s’étire.

Les minutes sont larges.
Mal définies.

On ne sait plus très bien
si quelque chose dure longtemps
ou simplement… normalement.

Il n’y a plus de notifications
pour découper la journée.

Plus de rappels.
Plus de petites urgences.

Seulement le matin.
Puis plus tard.
Puis le soir.

Le temps n’est pas vide.

Il est… brut.

Ce qui est le plus étrange,
ce n’est pas le silence.

C’est l’absence de réponse.

Aucune vibration.
Aucun signal.

Rien ne revient vers moi.

Les pensées deviennent plus audibles.
Moins organisées.

Elles ne sont pas plus profondes.
Elles sont juste… là.

Certaines tournent en rond.
D’autres s’arrêtent sans raison.

Il y a un léger inconfort.

Pas de manque précis.

Plutôt une sensation
que quelque chose ne tire plus
dans le fond de la tête.

Et que le corps
ne sait pas encore quoi faire
de cette liberté.

Alors le corps prend plus de place.

Les pas deviennent plus lourds.
Plus présents.

Je remarque la température.
L’air.
Les sons lointains.

Le bruit d’une porte.
Le vent.
Un oiseau que je n’aurais pas entendu avant.

Je mange plus lentement.
Je marche sans destination.

Pas pour réfléchir.

Juste parce que c’est possible.

Le corps est moins sollicité, 

Lentement, il reprends ses marques.

Il n’y a pas de révélation.

Juste une réalité plus palpable. 

Et c’est peut-être ça,
le plus surprenant.

Rien ne se résout.

Rien ne s’explique.

Le monde continue.
Moi aussi.

Mais sans commentaire. Sans pollution. 

Il y a une clarté déconcertante, un vide qui fait un peu peur

Mais qui me montre qui je suis vraiment. 

Le silence me rappelle que je suis… entière. 

Sans rebondissement, sans reflet constant, je deviens plus ancrée.

L’ironie est là, je suis déconnectée de tout, et pourtant, je fais maintenant partie du rythme de la vie. La vie réelle. La vie d’avant. Je prends mon temps. 

Les distractions sont toujours là, mais elles changent de forme. Un rayon de soleil. Une mélodie que je chantonne sans m’en apercevoir. 

Un sourire devant un rouge-gorge qui se pose sur une branche.

La simplicité est un cadeau,

Et elle nous manque au quotidien, même si on ne veut pas l’admettre. 

Quand le week-end prendra fin,
je sais que je vais reprendre mes vieilles habitudes. 

Mais cette paix restera dans un coin, comme dans un rêve. 

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